



Bon marché, proche du peuple et apolitique. Premier quotidien populaire a atteindre le million d’exemplaires, le Petit Journal a fait de la presse un produit de consommation courante sous la IIIè République. Un succès dont les quotidiens nationaux d’aujourd’hui pourraient s’inspirer pour redresser la chute de leur lectorat.
Existe-t-il une recette garantissant le succès du journal ? A l’heure ou la presse quotidienne nationale traverse une crise financière et du lectorat, cette question qui a traversé l’histoire des médias se pose avec d’autant plus acuité. Il y a un peu moins de 150 ans, Moïse Polydor Millaud fut le premier à en trouver des éléments de réponse en inventant le premier journal populaire. C’était en 1863. « Alors que la presse de l’époque, réservée à l’élite par son prix (10 à 15 centimes le numéro) et les sujets traités essentiellement politiques, il révolutionna le Second Empire en créant le premier journal à 5 centimes, de petit format et vendu au numéro », explique Mathilde Dubesset, maître de conférence en histoire culturelle française à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble. En évitant de traiter la politique, le quotidien de Millaud échappe à la loi postale et au paiement du timbre (5 centimes la page), ce qui lui permet un prix de vente très bas.
Mais surtout, il est le premier journal axé sur le sensationnel et le fait divers qui attirent le chaland. Nombreux sont les quotidiens de la IIIè République (Le Petit Parisien, Le Matin…) qui tenteront d’imiter sa formule.
Mais aucun ne réussit à égaler son art de mélanger le macabre et l’instructif, de jouer de l’indignation ou de l’enthousiasme moralisant, ses romains-feuilletons mais aussi le ton de confidence de la chronique en Une de Thomas Grimm, pseudonyme collectif de la rédaction.
Mais le succès du Petit Journal s’explique également par sa capacité à innover. Très vite, l’imprimerie Serrière rue de Richelieu où il était imprimé fut dépassée par la demande des lecteurs.
L’invention de rotatives plus performantes par Marinoni permit l’explosion du nombre d’exemplaires tirés, qui dépassa le million en 1890.
Le Petit Journal suit les progrès techniques et l’évolution des mentalités. En 1890, il lance le premier numéro en couleur de son supplément hebdomadaire illustré : un succès.
Alors que la plupart des autres feuilles à 5 centimes ne diffusent qu’à Paris, le Petit Journal déploie un réseau de distribution efficace, avec 20 000 points de vente en province : en 1911, 80% de ses exemplaires sont écoulés hors de Paris. Il s’assure ainsi un lectorat fidèle, en particulier dans les campagnes de l’Ouest. « Cette assise confère au quotidien une certaine puissance sur l’opinion. Mais il influence moins le vote de ses lecteurs qu’il accélère ou dessert la carrière de tel ou tel homme politique », note Claude Bellanger dans son Histoire générale de la presse française
Et c’est bien la politique qui sera en partie responsable du déclin du Petit Journal au début du XXè. Après la mort d’Emile Girdardin qui avait mis la main sur le journal en 1871, Marinoni prend la direction du quotidien.
Il place l’ancien normalien Ernest Judet à la rédaction en chef.
Ce dernier fait du Petit Journal une feuille de combat politique, contre les Panamistes, Clémenceau puis dans le camp des anti-dreyfusards. « L’abandon de sa ligne modérée provoque une chute du lectorat : le quotidien ne diffuse plus qu’à 800 000 exemplaires à la veille de la guerre », explique Mathilde Dubesset. Dans les années 30, ses ventes s’effondrent en Province, son principal soutien : il ne diffuse plus qu’à 156 000 exemplaires en 1937. Il passe entre les mains de plusieurs propriétaires qui en font la courroie de transmission de leurs idées politiques. La fuite du lectorat s’accélère d’autant plus que le journal ne réagit plus à la politique agressive de ses concurrents. En 1937, le journal devient l’organe du parti du Colonel de La Rocque. Réfugié sous le régime de Vichy de qui il touche des subventions pendant la Seconde Guerre Mondiale, le Petit Journal disparaît en 1944. Avec lui se referme l’âge d’or de la presse française. Marie Charrel, IPJ.
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